
Souvent qualifié de " huitième merveille du monde ", le Machu Picchu est
aujourd'hui classé dans le patrimoine culturel de l'humanité.
Enchâssées sur une cime vertigineuse, au creux d'un des replis les plus
inaccessibles des Andes péruviennes, ses ruines constituent le plus
fameux site archéologique du Nouveau Continent. Disparue de la mémoire
des hommes pendant quatre cents ans, la " cité perdue des Incas " fut
redécouverte le 21 juillet 1911 par l'explorateur et l'historien
visionnaire américain Hiram Bingham. Sa passionnante histoire est
devenue dans le monde un classique du récit d'exploration, prototype de
tous les " Aventuriers de l'Arche Perdue ". Bingham, en fait, pose ici
une énigme encore jamais résolue. Qu'en est-il donc du Machu Picchu ?
Pourquoi ce nid d'aigles, volontairement édifié à l'abri de la rapacité
des hommes se dresse-t-il si haut entre ciel et terre ? Pourquoi ses
bâtisseurs voulurent-ils lui assurer une quasi-inviolabilité ? Fut-il un
gynécée réservé aux " Femmes choisies " de l'Inca ? Un temple dédié au
Dieu-Soleil ? Une forteresse destinée à barrer la route du Cuzzo aux
tribus sauvages d'Amazonie ? Autant de questions qui demeurent sans
réponse, continuant à attiser, par-delà les siècles, la curiosité des
hommes.
Hiram Bingham , professeur à Yale et
explorateur a « découvert » le Machu Picchu en 1911. Son parcours a
inspiré des décennies plus tard les scénaristes des « Aventuriers de
l’Arche perdue », créateurs d’Indiana Jones.
Difficile de ne pas penser à lui alors qu’apparaissent au loin, dans
la brume matinale, les sommets du Machu Picchu. Nul besoin d’être un
grand cinéphile pour songer à Hollywood en parcourant au petit jour les
chemins étroits qui mènent vers la base de cité Inca.
Sur
les bruits de la jungle se superpose rapidement un petit air connu, un
petit air entêtant – celui qui accompagne Indiana Jones dans sa quête de
l’Arche perdue.
Le voyageur égaré dans
les hauteurs péruviennes ne croit pas si bien dire. Car aussi doués
soient-ils, les artistes ont souvent besoin d’un petit coup de pouce
pour stimuler leur imaginaire. Partir de rien ne mène pas toujours
quelque part. Pour écrire des aventures rocambolesques menées tambour
battant au bout du monde, même les scénaristes les plus talentueux
s’inspirent de ceux qui s’en sont approchés de leur vivant. Sans que le
secret ne soit éventé, même auprès des premiers intéressés.
La redécouverte du Machu Picchu, en 1911
Hiram
Bingham ignorera ainsi qu’il aura connu une double gloire sur grand
écran à partir des années 1980. Et pour cause : il était déjà mort,
décédé à 80 ans en 1956, quatre décennies après avoir connu son moment
de célébrité en « découvrant » le Machu Picchu.
Au
terme d’une longue expédition, il parvient aux pieds de la fascinante
cité Inca et lui assure une reconnaissance mondiale en publiant, deux
ans plus tard, en avril 1913, un compte rendu très détaillé de plus de
150 pages, riche de pas moins de 250 photos, dans le magazine National
Geographic, sous le titre « In the Wonderland of Peru » (« Au pays des merveilles du Pérou »).
L’ironie
de l’histoire est que, comme dans le cas de Christophe Colomb, la
découverte d’Hiram Bingham fut une erreur – l’explorateur pensait avoir
trouvé la dernière capitale inca, Vilcabamba, celle qu’auraient fondée
les derniers Incas en lutte contre les Espagnols, contraints de se
replier dans la jungle après avoir perdu Cuzco, leur capitale. Il
exposera en détail sa vision du site en 1948 dans son livre « La
fabuleuse découverte de la cité perdue des Incas » (1), un best-seller
toujours en vente aux abords du Machu Picchu et à Lima.
Autre
point commun avec Christophe Colomb : la « découverte » d’Hiram Bingham
n’en fut pas vraiment une, puisque la cité Inca était fréquentée par les
villageois voisins, tout comme le Nouveau Continent n’était nouveau que
pour les Conquistadors. Les controverses enfin ne manqueront pas :
Hiram Bingham n’avait-il pas pillé le Pérou pour alimenter le musée de
Yale ? Il faudra attende 2010 pour qu’un accord soit trouvé entre le
pays sud-américain et l’institution de la cote Est afin de Cuzco
récupère son bien.
Professeur à Yale, puis sénateur
Il
n’empêche : c’est bien Hiram Bingham qui a fait du Macchu Picchu un lieu
connu sur la scène mondiale. Depuis 1909, ce professeur de Yale,
petit-fils d’un missionnaire parti à Hawaï, né en 1875 à Honolulu,
sillonnait la région, passionné par Simon Bolivar. Il s’est intéressé
très tôt à l’Amérique latine, dont il a enseigné l’histoire à Princeton,
puis à Yale. Sa découverte lui vaudra une renommée nationale et
internationale, qui le mènera à la politique : il deviendra gouverneur
du Connecticut dans les années 1920, puis sénateur de l’État, avant
d’être balayé par la vague démocrate en 1932.

Les
artistes sont souvent jaloux et peu partageurs – les pères d’Indiana
Jones n’ont jamais reconnu avoir puisé dans la vie d’Hiram Bingham pour
forger le destin de leur héros. Il n’empêche : le rapprochement est
frappant. Dans l’allure d’abord. Les photos de l’époque indiquent que
l’explorateur, comme Harrison Ford, affectionnait les couleurs ocre et
les fedoras, chapeaux à larges bords. Dans le CV ensuite : le héros des «
Aventuriers de l’Arche perdu » est, comme Hiram Bingham, un aventurier
doublé d’un professeur de la côte Est.
Dans son livre « Machu
Picchu, première à droite » (2), le journaliste américain Mark Adams,
marchant sur les traces d’Hiram Bingham, évoque un autre film, datant de
1954 mettant en scène Charlton Heston. « Le secret des Incas »,
directement inspiré des aventures d’Hiram Bingham, aurait mis la puce à
l’oreille des scénaristes de Steven Spielberg.