jeudi 1 juillet 2021

Livre - Histoire du Saint-Simonisme - S. Charlety

 Saint-Simon, à la différence de son parent l’illustre duc mémorialiste, était un homme tout entier tourné vers l’avenir. Son œuvre, prophétique, récuse l’individu isolé au profit d’un idéal social porté par un Etat industriel et une société solidaire. Ce penseur fulgurant disparaît dans l’obscurité en 1825. Le flambeau passe à ses disciples qui fondent une école, une famille, une église même sous la houlette de Prosper Enfantin.


Fantasque et flamboyant, « LE PÈRE » sème l’enthousiasme et récolte le délire. Mais les bizarreries du saint-simonisme importent moins que ses idées-forces : la femme doit devenir l’avenir de l’homme, la Méditerranée former un système, l’Europe se fédérer, la colonisation s’amender en association… Surtout, les saint-simoniens conçoivent déjà le monde comme un réseau. Ils sont les inspirateurs du canal de Suez, du développement des chemins de fer et des banques modernes.
Vaste bilan, pourtant largement occulté, le mépris de la droite répondant au malaise de la gauche, longtemps dominée par le marxisme et gênée par certaines dérives sectaires du mouvement. D’où l’intérêt de cette belle étude, introuvable depuis des années alors qu’elle demeure indispensable pour connaître un des courants de pensée les plus originaux et féconds de notre histoire. Jean Lebrun lui redonne tout son lustre au moyen d’une édition sélective précédée d’une préface dans laquelle il insiste sur la modernité d’une mouvance qui a voulu dépasser les clivages défunts pour ensemencer l’avenir. Une anticipation du macronisme !
 
Membre de l’Institut, Sébastien Charléty est l’auteur de « peu de livres mais qui brillent tous d’une vive clarté » (Jean Lebrun). Son Histoire de la monarchie de Juillet vient d’être republiée chez Perrin avec une présentation d’Arnaud Teyssier.
Agrégé d’histoire, Jean Lebrun anime « La marche de l’histoire » sur France Inter. Il a publié l’année dernière chez Perrin une édition critique remarquée des
Mémoires de ma vie de Charles de Rémusat.

Saint-Simon: une oeuvre pour notre temps?

En ce 22 mai 1825, un cortège funéraire se dirige vers le cimetière du père Lachaise de l'est parisien. L'intimité du convoi laisse difficilement imaginer que l'homme qui vient de s'éteindre illuminera de sa pensée, tout le XIXème siècle français. Olindes Rodriguès, Auguste Comte, Augustin Thierry, Prosper Enfantin entourent le cortège. Ce sont eux qui vont développer la notoriété de leur ami. Le crépuscule de la vie du comte Henri Claude de Saint-Simon entraîne l'aurore et le rayonnement de ses idées, mais également la mise en pratique des méthodes sociales et industrielles issues de ses réflexions. Cette école de pensée sera nommée le Saint-Simonisme. Moins de cent ans plus tard, un peintre belge, Charles Houry, imagine les derniers instants de saint-Simon, comme un triomphe: Saint-Simon est un maître pour l'élite de son temps et... pour toute sa société? Au même moment, Sébastien Charléty, un célèbre historien, membre de l'Institut, président de la Commission supérieure des archives nationales estime suffisamment le cours de ces idées pour en écrire l'histoire. Nous sommes en 1896. Le comte Henri Claude de Saint-Simon, né en 1760, cousin du mémorialiste de la cour de Louis XIV, penseur, économiste, philosophe est bien moins connu de son temps que post mortem. Aujourd'hui, on n'évoque peu Saint-Simon. Un fou? Un exalté? L'idole spirituelle d'un mouvement qui lui échappe ? L'inventeur du socialisme? Et pourtant Saint-Simon est plus qu'un théoricien soutenu et prêché par un collectif d'amis. Il est à l'origine d'une philosophie, le germe d'une conception de la société et du politique, d'une école de pensée. Jean Le Brun le présente au cours de cette émission. Il est interrogé par Mari-Gwenn Carichon. Notre invité: Jean Lebrun est agrégé d'histoire. Il anime La Marche de l'histoire sur France Inter et nous faire re-découvrir le Saint Simonisme en dirigeant une nouvelle édition de l'ouvrage de Sébastien Charléty : Histoire du Saint Simonisme, aux éditions Perrin. _____________________

 

Livre - Madame Palatine - Lettres françaises

 


Qui savait que Madame Palatine (Elisabeth Charlotte, duchesse d'Orléans) a écrit près de la moitié de sa correspondance monumentale en français? Qui savait que la belle-soeur allemande de Louis XIV mérite une place de choix parmi les écrivains du Grand Siècle? Voici, rassemblées pour la première fois, les 850 lettres françaises conservées; elles étaient soit inédites, soit publiées sous forme d'extraits dans des revues allemandes du XIXe siècle. Une édition intégrale s'imposait, établie sur les originaux dépistés dans une vingtaine d'archives et collections françaises, allemandes (RFA et RDA), autrichiennes, suisses, espagnoles et anglaises.
Que ces lettres soient longues ou brèves, que ce soient des lettres de cour ou d'amitié, on y retrouve invariablement les qualités qui rendent la princesse si attanchante: son bon sens, son coeur exquis et généreux, son humour, sa santé morale, sa simplicité qui n'exclut pas un ton de princesse, sa curiosité intellectuelle, sa capacité si rare d'oublier ses propres misères en se penchant sur celles de ses amis.
" Je ne vous écris que pour que mes lettres ne soient vues que de vous ", écrit-elle à l'un de ses correspondants. Et encore: " Je serais bien effrayée si je voyais de mes lettres imprimées! ". La bonne princesse se trompait, car c'est précisément l'absence de la moindre intention littéraire qui garantit la spontanéité et le charme de sa correspondance.

La Princesse Palatine et Saint Simon, le Château sans concession

 Le regard vif et aiguisé de ces deux membres de la cour de Versailles dépeint les personnages de la famille royale sous un jour critique et piquant. Grâce à leurs plumes, les événements deviennent immédiatement vivants. Avec la complicité des artistes de La Compagnie Baroque, c’est une cour de France vue comme une chronique au jour le jour qui se laisse entendre et découvrir, sans oublier les ponctuations musicales de pièces contemporaines aux écrits.

 

Livre - Saint-Simon : Mémoires - Extraits


Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. Ses Mémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est trompeur. Saint-Simon en avertit son lecteur: "Je ne parle pas du coeur, dont ce n'est pas ici le lieu. (...) Ces Mémoires ne sont pas faits pour y parler de moi." Il précise : "J'écris une histoire particulière (...) celle du temps et du pays où on vit." Une histoire donc et non une autobiographie : les Mémoires sont rédigés à la première personne, mais une personne se postant discrète et anonyme, comme une caméra cachée, dans les couloirs de Versailles et les allées de son jardin. De là, on assiste, spectateur comblé, voyeur patenté, au défilé impressionnant des courtisans intéressés et aux tableaux vivants des gens de cour. À la mort du Grand Dauphin en 1712, Saint-Simon se plaît à "croquer" tout ce beau monde qui "méditait profondément aux suites d'un événement si peu attendu, et bien davantage sur eux-mêmes". Tels sont les Mémoires de Saint-Simon, drôles, vivants, scrutateurs, une somme incomparable sur les moeurs politiques du temps que renferme un traité de morale caustique sur la fatuité éternelle de l'homme.

 

La Cour de Louis XIV sous la plume satirique de Saint-Simon Guillaume Gallienne

Ca peut pas faire de mal France inter À l'occasion du 300e anniversaire de la mort de Louis XIV le 1er septembre 1715, découvrons les grandes personnalités de la Cour du Roi-Soleil, sous la plume satirique de Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755), auteur de plus de 8000 portraits, écrits entre 1793 et 1754. Pour évoquer ces destins historiques, Guillaume Gallienne reçoit une amie et grande comédienne du Français : Catherine Salviat, qui nous offre une sélection savoureuse des célèbres Mémoires de Saint-Simon, dans des extraits de la collection de La Pléiade (Gallimard, huit tomes, 1947-1988) 

Livre - Alice au pays des merveilles - Lewis Carroll


 Assise au bord de la rivière, Alice s'ennuyait un peu quand soudain, venu de nulle part, surgit un lapin blanc pressé de regagner son terrier. N'hésitant pas à le suivre, Alice pénètre dans un monde de prodiges et de menaces qui n'est autre que le royaume de l'enfance. Et voici le chat de Cheshire à l'étrange sourire, la terrible Reine de Coeur, le Chapelier fou et le Lièvre de Mars, la Fausse Tortue et le Valet-Poisson...

Le chef-d'oeuvre incontesté de l'humour absurde et du non sens. Une histoire inventée par un génie, où la vie n'a plus ni queue ni tête.

 

 

 

 

"Alice au pays des merveilles", de Lewis Carroll une émission de Guillaume Gallienne

 Le récit d’Alice au pays des merveilles est devenu l’un des chefs d’œuvres de la littérature enfantine. Symbole du « non-sense » anglais, il est aussi un conte plein d’humour sur les inconvénients de grandir, et le fantasme de rester petit. Comme Alice plongeant dans le terrier, explorons à notre tour les méandres de l’imaginaire empruntés par Lewis Carroll...

Livre - Sauf-Conduit - Hommes et positions - Boris Pasternak

 L'hymne à la vie de Pasternak

"Le Docteur Jivago", deux magnifiques textes autobiographiques et de nombreux documents : "Quarto" rend hommage à l'une des plus grandes oeuvres du XXe siècle.

"On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort", disait Vauvenargues. L'auteur du Docteur Jivago rejoint le moraliste français ; son oeuvre, écrite en un âge et un pays ravagés par la fièvre d'utopie et où triomphait la mort, est un hymne à la vie. Jivago veut dire"le vivant", et si jugement il y a, c'est celui de la vie. Une des plus grandes oeuvres du XX e siècle, une de celles qui témoignent irrémédiablement de cet âge violent, est donc une oeuvre qui se veut an-historique, refusant l'histoire légitime au profit de la vie illégitime. Le frappant est que cette antihistoricité a produit un des jugements les plus précis et les plus sûrs sur le chemin historique qui a mené au déchaînement de l'inhumain.

Toute la poésie de Boris Pasternak (1890-1960) conduit à la prose, et à ce roman total qu'est Le Docteur Jivago. Car la poésie, c'est non le lyrisme personnel, mais le réel impersonnel prenant la parole, "une somme des objets du monde" dans chaque instant. Jivago est un génie qui passe inaperçu. L'oblation de soi est la marque du génie. Jusqu'à se vendre soi-même à l'encan comme fait Ygrec Trois, le"héros" d'un récit enchâssé dans Récit (1929). Le roman nous fait comprendre le "dévoiement" du réel dans la période qui précède la révolution : les hommes se détournent du réel et deviennent des porte-idées.

Mais la vie les secoue comme un kaléidoscope, ainsi fait-elle avec les deux lignes du roman, celle de Youri, le poète médecin (oculiste, le visuel lui appartient), et celle de Lara, la femme blessée par le "marchandage" de la vie dans une société qui exploite. Des échéances fatales approchent parce que les "hautes exigences morales" de l'intelligentsia russe la conduisent à une reddition aveugle aux idées, et à leur violence. L'enchevêtrement des destins d'ouvriers, d'intellectuels venus du peuple et de nobles russes qui appartiennent à la plus racée des fratries intellectuelles, appelée intelligentsia, s'entend tout d'abord dans un bourdonnement préparatoire ; puis déferle la vague et s'instaure la"page blanche" , une jeune République à la Platon, qui n'a plus besoin de l'art. Ni de l'homme individuel.

Le tableau social de la Russie que donne Pasternak montre la société entière se dévorant elle-même. Mais Jivago n'est pas dévoré, il s'estompe ; il s'efface, comme cet autre Hamlet de la littérature russe, le prince Mychkine, l'"Idiot", qui, lui, rentre en Suisse dans son asile. Il y a un abaissement volontaire, voisin de ce que les théologiens orthodoxes nomment kénose, tant dans le destin amoureux que dans le destin social de Jivago. Après Lara, après ce moment de sublime et impossible amour que représente le second séjour à Varykino (Denis de Rougemont lui a consacré tout un chapitre de L'Amour et l'Occident), le poète déchu aura encore deux filles d'une lingère moscovite, dans l'anonymat de la grande ville qui le sauve. Il meurt dans un tramway ; à ses obsèques, la vie, qui croise et décroise les fils, rassemble un instant Lara et ses amis, puis c'est la dispersion, l'"arrestation" de Lara, son envoi au goulag, évoqué en une ligne. Il ne restera qu'un cahier de vers, mais qui apportent à ses amis la transfiguration et le bonheur.

En adjoignant au roman deux magnifiques textes "autobiographiques" (Sauf-conduit de 1931, et Hommes et positions de 1955) et toute la documentation sur l'Affaire Pasternak, les responsables de ce "Quarto" suggèrent que ces textes forment un tout, que Jivago est aussi une part de Pasternak, que cette kénose du poète traverse toute sa vie comme toute son oeuvre. Oui, en un sens c'est tout Pasternak, vie et oeuvre, qu'il faut rassembler autour de Jivago, comme l'a fait Michel Aucouturier pour la"Pléiade". Une réunion opérée par le paradoxe pasternakien du bonheur "par-dessus les barrières" . Car si l'Histoire se fait tyrannie inouïe, si la réalité devenue illégitime s'enfouit comme la taupe pour se cacher, si "nous sommes les enfants des années terribles de la Russie" , comme dit un vers du poète Blok, omniprésent dans le roman, en revanche Pasternak, jusqu'à son lit de mort, aime la vie, comme l'aimait Tolstoï : car malgré son didactisme, et malgré la "puissance des ténèbres" , c'est pour lui le poète du bonheur. Pasternak, comme Stendhal, a été un "résistant par le bonheur" , mais plus que pour Stendhal, c'était pour lui un bonheur vécu, tous ceux qui l'ont approché le savent. Un bonheur qui était l'art dans le quotidien, l'oblation de soi, la jubilation enfantine...

Je me rappelle une de nos conversations, dans l'hiver 1959 qui précéda sa mort ; il évoquait 1937, l'année de la Grande Terreur, celle où disparut Boukharine, l'artisan de la surprenante élévation de Pasternak au rang de grand poète soviétique : "On ne pouvait se confier à personne, même pas à sa femme, moins encore à ses enfants. Je regardais le Kremlin, et je compris que les grands monologues de Shakespeare n'étaient pas des stratagèmes de théâtre, mais des réalités dictées par la terreur. Moi aussi je prononçais alors de longs monologues pour dire ma révolte intérieure..." Tels étaient à peu près ses propos ; ils rendent compte de ce que l'art était pour lui, une réalité plus forte que le réel.


On reste stupéfait aujourd'hui en relisant le dossier de presse de 1958, toutes les injures lancées, tout l'hallali médiatique de l'époque en URSS. Jusqu'à la lettre où ses collègues de Novy Mir justifiaient le refus de son manuscrit ­ "Votre roman est un roman sur la vie et la mort de l'intelligentsia russe, son cheminement vers la révolution et sa destruction, conséquence de cette révolution" . C'était en somme bien vu.

Il fallait la naïveté du poète pour croire à la publication possible. Mais Pasternak avait toujours cru à la vie, au miraculeux, et son dernier amour, pour Olga Ivinskaïa qui deux fois paya leur liaison de séjours au camp, le confirmait dans cette foi au miracle. Un autre jour, il me dit que le poème"Août" , où il imagine ses propres funérailles, était inspiré directement par la première arrestation d'Olga, et qu'elle était plus que la dédicataire, mais celle qui réincarnait le destin humilié et noble de la femme tel qu'on le trouve chez Dostoïevski : "Adieu, jours de détresse et d'affliction/ Séparons-nous, toi qui jettes le gant/A tout l'abîme de l'humiliation,/Femme, de ton combat je suis le champ." La tyrannie nouvelle reprenait la forme ancienne du tourment d'une femme, mais de la plus désarmée des victimes venait la plus héroïque réponse.

La "vie bâtarde" jugeant l'histoire prétendue "légitime", la forêt du réel repeuplant les déserts de la violence, l'oblation de soi défiant les oukases de la révolution aveugle, tel était et tel reste le message de ce grand poète qui vit venir à lui le flot de la terreur, et, miraculeusement, non seulement survécut, mais domina l'élément.


Des trois textes de Boris Pasternak réunis ici, seuls les deux premiers - Sauf-Conduit, Hommes et positions - sont ouvertement autobiographiques. Écrits en 1930 et 1956, ils racontent les naissances et les renaissances de l'élan poétique, et suggèrent déjà les violences d'une histoire dévoyée. Mais le troisième, le grand roman, Le Docteur Jivago, dit ouvertement ce qu'ils ne disent pas jusqu'au bout : le rapport profond d'une conscience libre à une époque qui asservit. C'est, en arrière-fond de ces trois livres, la Russie soviétique qui se profile et se dresse avec la grandeur terrifiante de ses débuts et la violence médiocre et glacée des années qui suivent, celles d'un régime stalinien dont on a peur de parler : époque de purges, d'exécutions sommaires, temps du mensonge institutionnalisé. Ce qu'on ne peut décrire sans que «le cœur se serre et les cheveux se dressent sur la tête».
L'art, s'il s'allie à la mémoire et à la pensée, a-t-il le pouvoir de restaurer ce qui a été abîmé et perdu ? Pasternak l'a espéré et mis en acte, au risque de sa propre vie : «De l'immense majorité d'entre nous, on exige une duplicité constante, érigée en système. On ne peut pas, sans nuire à sa santé, manifester jour après jour le contraire de ce qu'on ressent réellement, se faire crucifier pour ce qu'on n'aime pas, se réjouir de ce qui vous apporte le malheur».
1316 pages, 66 ill., sous couverture illustrée, 140 x 205 mm
Achevé d'imprimer : 07-02-2005

Livre - Correspondance - Marina Tsvetaeva - Boris Pasternak (1922-1936)


 La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de poésie russe du XXe siècle est un événement littéraire exceptionnel. Exceptionnelle, elle l'est doublement, cette relation épistolaire entre poète soviétique et poète de l'émigration, alors que, après une phase de liberté surveillée où les échanges étaient encore possibles, la culture russe se scinde irrémédiablement, et ceci pour toute la durée de l'expérience soviétique. Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s'étaient rencontrés à Moscou en 1918. Ce n'est qu'en 1922 qu'ils se sont véritablement découverts au travers de leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d'une densité et d'une intensité rares dans laquelle se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie, sur fond d'époque historique et d'histoire littéraire. Plus de trois quarts des lettres échangées entre ces deux êtres radicalement différents sont inédits. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu'à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement. Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une œuvre à part entière. Loin d'être en marge de leur destin littéraire, les lettres étaient, au cœur même de celui-ci, laboratoire de l'écriture - mais également laboratoire de la vie, car c'est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille. La fille de Tsvetaeva, Ariadna Efron, avait décidé que ces lettres ne devaient être publiées qu'après cinquante ans, à condition que cette édition soit intégrale. Elle les confia aux Archives nationales de Moscou qui n'autoriseront leur parution qu'en l'an 2000.

Boris PASTERNAK – Un siècle d'écrivains : 1890-1960 (DOCUMENTAIRE, 1998)

 

Poète célèbre et célébré en Russie dans les années vingt, Boris Pasternak est toujours identifié et reconnu comme poète à l’Est de l’Europe et comme romancier à l’Ouest. Il est l’auteur du célèbre "Docteur Jivago" qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1957. À travers une biographie chronologique abondamment illustrée, le film fait la part belle à l’œuvre poétique : plusieurs poèmes sont dits et traduits. Cette lecture rythme le film, entre en harmonie avec les images de la Russie, de ses paysages enneigés et tourmentés. Le fils de l’écrivain, Evgueni Pasternak, intervient à plusieurs reprises dans ce film. Ses archives personnelles - photographies, dessins, films d’amateurs, enregistrements sonores - ont été largement sollicitées par le réalisateur et contribuent à donner vie au portrait du poète.

Livre - Le Docteur Jivago - Boris Pasternak

 C'est l'histoire de Iouri Jivago, très jeune orphelin, qui grandit dans la Russie du début du XXe siècle. Il traverse la révolution de 1905, est mobilisé pendant la première guerre mondiale, part au front, vit les événements de la Révolution d'octobre et les années qui suivirent jusqu'au seuil des années 1940. Marié à Tonia Groméko dont il aura deux enfants et dans la famille de laquelle il a grandi, il tombe amoureux de Lara Guichard, une jeune femme qu'il a déjà croisée à plusieurs reprises. (..)


Un grand roman d'aventure

Après ses études de médecine, Iouri travaille dans un hôpital moscovite. Il est mobilisé et part sur le front hongrois où il travaille avec Lara Guichard, un infirmière qu'il a déjà croisée fortuitement dans Moscou sans qu'elle le sache, quand elle était sous l'emprise de l'avocat Komarovski. Lara est mariée à Pacha Antipov, disparu dans les combats. Iouri revient ensuite à Moscou.

La famille subit la faim et le froid et décide de partir vivre à la campagne où elle pense trouver une vie un peu moins rude. Elle rejoint la propriété familiale de Varikyno, près de Iouriatine, une ville imaginaire qui pourrait être Perm. Lara quant à elle, travaille à la bibliothèque de Iouriatine. Son mari, est réapparu sous le nom de Strelnikov, révolutionnaire implacable qui circule à bord d'un train blindé.

Iouri et Lara entretiennent une liaison adultère. Iouri est alors surpris par des partisans qui l'enrôlent pendant plusieurs années dans leur guerre contre les armées Blanches en Sibérie. Quand il revient, sa famille a quitté Varikyno et l'URSS. Il vit quelques temps avec Lara puis, après de nouvelles péripéties, revient seul à Moscou.

Le docteur Jivago est un roman d'aventure, de guerre, composé de multiples rebondissements, qui donne à voir les premières années de la révolution d'Octobre, les prémisses de 1905 (les grévistes et manifestants massacrés dans les rues de Moscou par les Cosaques), les événements de 1917, la prise en main de la révolution par les bolchéviks, la guerre contre les Blancs en Sibérie. On voyage dans une jeune Union soviétique des villes et des campagnes, dont les habitants sont victimes du froid et de la faim, un pays quasiment à l'arrêt avec des kilomètres de trains qui ne circulent plus, abandonnés sur des voies désertes, des billets de banque qui déteignent, des magasins vides. Des citoyens qui disparaissent sans raison, qui subissent l'arbitraire, les arrestations, la délation, les comités d'immeuble, les soviets.


Une critique des révolutionnaires

Ce beau roman porte une vive critique des révolutionnaires et de leurs méthodes, ce qui ne sera pas étranger au destin du manuscrit. Car ce roman a été publié pour la première fois en Italie en 1957 (1958 en France) par la maison d'édition Feltrinelli, pour éviter la censure soviétique. Boris Pasternak se verra décerner  le prix Nobel de littérature pour son Docteur Jivago mais sera obligé de refuser le prestigieux prix sous la pression des autorités soviétiques.

Ce roman compte également des pages splendides de description des paysages russes, dans l'Oural et en Sibérie. La neige est évidemment omniprésente, qui ensevelit tout et oblige les hommes à circuler en traîneau. Boris Pasternak intègre aussi dans ce texte, des digressions sur la littérature, sur la poésie, la politique. Le docteur Jivago est aussi écrivain et Pasternak met en scène la montée de l'inspiration comme une vague qui prend forme, il décrit le processus de création littéraire.
 

Le docteur Jivago de Boris Pasternak une émission de Guillaume Gallienne

Avec Guillaume Gallienne, redécouvrons le lyrisme du roman, Le Docteur Jivago, chef-d’œuvre de l’écrivain russe, Boris Pasternak, sans oublier jamais combien ce texte et son auteur eurent un destin difficile.

 

Vocabulaire - Syndrome de l'imposteur

 Les personnes atteintes du syndrome de l'imposteur, appelé aussi syndrome de l'autodidacte, phénomène de l'imposteur, expérienc...