"Pourquoi le cacher ? Ce n'est pas une poésie facile. Ses difficultés
sont à proportion, en nous, des vieilles habitudes de voir et de leur
résistance : René Char ou la jeunesse des mots, du monde...
Il faut le lire et le relire pour, peu à peu, sentir en soi la débâcle
des vieilles digues, de l'imagination paresseuse... Poésie qui se gagne,
comme la terre promise de la légende et de l'histoire : celui-là qui y
plante sa tente, qu'il soit assuré de s'en trouver plus fort et plus
juste."
René Char 1907-1988 est un poète et résistant français.
Il adhère à 22 ans au mouvement surréaliste. Il signe un recueil en
commun avec Breton et Eluard mais reprend bien vite son indépendance en
1934.
Son œuvre sera désormais celle d'un solitaire et d'un homme d'action en
prise avec son temps : en 1937, il dédie son Placard pour un chemin des
écoliers aux 'enfants d'Espagne'.
Démobilisé en 1940, il entre presque aussitôt dans la Résistance sous le
nom de guerre d'Alexandre. Cette expérience sera relatée dans "Les
Feuillets d'Hypnos" (1946). À ce recueil capital, il convient
d'adjoindre les Billets à Francis Curel, datés des années 1941 à 1948 et
recueillis dans Recherche de la base et du sommet. Compléments
indispensables à la lecture des "Feuillets d'Hypnos", ces documents
éclairent de l'intérieur cette expérience fondatrice que fut pour Char
celle de la Résistance.
Après la Libération, "Seuls demeurent" (1945), somme des temps de
guerre, est suivi du "Poème pulvérisé" (1947), de "Fureur et mystère"
(1948) et des "Matinaux" (1950) qui ont mission d'éveiller, au sortir de
la réclusion, aux mille ruisseaux de la vie diurne. L'après-guerre
laissera Char profondément pessimiste quant à la situation politique
française et internationale jusqu'à la fin de sa vie, comme en
témoignent "À une sérénité crispée" et "L’Âge cassant" (repris en volume
dans "Recherche de la base et du sommet"). Sous ce rapport, ses vues
très lucides sont proches de celles d'Albert Camus dans "L'Homme
révolté", avec qui il entretiendra une indéfectible amitié.
De 1957 à 1987, René Char vit une immense passion amoureuse avec
l'anthropologue Tina Jolas. "La Parole en archipel" qui contient des
groupes de poèmes écrits entre 1952 et 1960 (dont "Lettera amorosa") est
publié en 1962.
René Char a beaucoup travaillé avec les peintres de son temps : Braque,
Miro. On trouve des réalisations nées de ces collaborations au musée
François Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse.
En octobre 1987, il épouse Marie-Claude de Saint-Seine, une éditrice.
Mais il meurt quelques mois plus tard d'une crise cardiaque.
Ce volume contient les oeuvres suivantes : Le Marteau sans maître -
Moulin premier - Placard pour un chemin des écoliers - Dehors la nuit
est gouvernée - Fureur et mystère - Les Matinaux - La Parole en archipel
- Le Nu perdu - La Nuit talismanique qui brillait dans son cercle -
Aromates chasseurs - Chants de la Balandrane - Fenêtres dormantes et
porte sur le toit - Recherche de la base et du sommet - En trente-trois
morceaux - À Faulx contente - Le Bâton de rosier - Loin de nos cendres -
Sous ma casquette amarante - Trois coups sous les arbres, introduction
de Jean Roudaut. Avec la collaboration de Lucie et Franck André Jamme,
Tina Jolas et Anne Reinbold. Nouvelle édition augmentée de Les
Voisinages de Van Gogh, d'Éloge d'une Soupçonnée et de textes
complémentaires en 1995.
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