Alger. Une charrette cahotée dans la nuit transporte une femme sur le point d'accoucher. Plus tard, naît le petit Jacques, celui-là même que l'on retrouve dès le second chapitre, à 40 ans. Devant la tombe de son père, visitée pour la première fois, il prend soudain conscience de l'existence de cet inconnu. Dans le bateau qui l'emporte vers sa mère à Alger, commence la brutale remontée dans cette enfance dont il n'a jamais guéri. Les souvenirs de l'école, de la rue et de la famille jaillissent, faits de soleil et d'ombre. Mais à l'ombre et à la misère, il découvre qu'il a répondu, toujours, par une "ardeur affamée", une "folie de vivre" indéfectibles malgré ce père qui lui a manqué. Le Premier homme est le roman auquel travaillait Camus au moment de mourir. Les nombreuses notes en bas de page, hésitations ou rajouts de l'écrivain retrouvés dans son manuscrit sont un émouvant témoignage de l’œuvre en cours. Une œuvre ambitieuse, aux accents autobiographiques évidents, dans laquelle Camus a cherché à dire ses "raisons de vivre, de vieillir et de mourir sans révolte".
Les vies d'Albert Camus
Condamné à mort, Meursault. Sur une plage algérienne, il a tué un Arabe.
À cause du soleil, dira-t-il, parce qu'il faisait chaud. On n'en tirera
rien d'autre. Rien ne le fera plus réagir : ni l'annonce de sa
condamnation, ni la mort de sa mère, ni les paroles du prêtre avant la
fin.
Comme si, sur cette plage, il avait soudain eu la révélation de l'universelle équivalence du tout et du rien.
La conscience de n'être sur la terre qu'en sursis, d'une mort qui, quoi
qu'il arrive, arrivera, sans espoir de salut. Et comment être autre
chose qu'indifférent à tout après ça ?
Étranger sur la terre, étranger à lui-même, Meursault le bien nommé pose
les questions qui deviendront un leitmotiv dans l’œuvre de Camus.
Albert Camus, l'icône de la révolte
Oran, 1940. Le Docteur Rieux doit lutter contre une épidémie de peste qui oblige les autorités à fermer les portes de la ville, prisonnière du malheur. Le Dr Rieux lutte de toutes ses forces contre le mal, refuse toute justification métaphysique à cette calamité, contrairement au père Paneloux, qui voit dans la peste une malédiction divine, une punition des péchés humains.
Ce roman allégorique souffre plusieurs interprétations. La peste symbolise le fléau du malheur sous toutes ses formes, y compris celle de la guerre. Lutter contre la peste, si périlleuse, si aléatoire, voire si vaine que soit cette lutte, est la seule conduite humaine possible. L’homme doit dépasser l’absurde de sa conduite et du mal, par un acte de protestation qui lui permette de rejoindre les autres « dans les seules certitudes qu’ils ont en commun et qui sont l’amour, la souffrance, l’exil ».
Camus distingue trois étapes possibles pour l’homme qui fait l’expérience de l’absurde : l’homme quotidien vit l’absurde sans en avoir une claire conscience, tel Meursault, le héros de L’Étranger, au début du roman ; l’homme absurde a pleinement compris l’absurde et l’assume, comme le même Meursault à la fin du roman ; l’homme révolté est quant à lui capable de construire sa vie sur l’absurde.
Albert Camus - Une tragédie du bonheur
Albert Camus 1913-1960 est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et journaliste français, né en Algérie.
Son œuvre comprend des pièces de théâtre ("Caligula", "Les Justes", "Le
Malentendu", ...), des romans ("L'Étranger", "La Peste", ...), des
nouvelles ("L'Exil et le Royaume"), des films, des poèmes et également
des essais ("Le Mythe de Sisyphe",...) dans lesquels il développe un
humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition
humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui
conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence, et
"alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir".
Dans le journal "Combat", ses prises de position sont audacieuses, aussi
bien sur la question de l'indépendance de l'Algérie que sur ses
rapports avec le Parti communiste français, qu'il quitte après un court
passage de deux ans.
Il ne se dérobe devant aucun combat, protestant successivement contre
les inégalités qui frappent les musulmans d'Afrique du Nord, puis contre
la caricature du pied-noir exploiteur, ou prenant la défense des
Espagnols exilés antifascistes, des victimes du stalinisme et des
objecteurs de conscience.
En marge des courants philosophiques, Camus est d'abord témoin de son
temps, intransigeant, refusant toute compromission. Il n'a cessé de
lutter contre toutes les idéologies et les abstractions qui détournent
de l'humain. Il est ainsi amené à s'opposer à l'existentialisme et au
marxisme et à se brouiller avec Sartre et d'anciens amis. En ce sens, il
incarne une des plus hautes consciences morales du XXe siècle ;
l'humanisme de ses écrits ayant été forgé dans l'expérience des pires
moments de l'Histoire. Sa critique du totalitarisme soviétique lui vaut
les anathèmes des communistes et coupe les ponts avec Jean-Paul Sartre.
Dans un échange rapporté par Jean Daniel, fondateur du Nouvel
Observateur, après avoir écouté Albert Camus sans l'interrompre,
François Varillon, prêtre et théologien jésuite, lui dit : « Vous n'avez
pas la foi, vous n'avez pas le baptême, mais permettez-moi de vous dire
que vous n'avez besoin ni de l'une ni de l'autre, puisque vous avez la
grâce. »
Journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des
courants libertaires, dans les combats moraux de l'après-guerre, il
reçoit le prix Nobel de littérature en 1957.
Il meurt à 46 ans dans un accident de voiture avec Michel Gallimard.





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