L'homme et le divin est un livre central dans l'œuvre de Maria Zambrano : il est ce moment charnière où tout un passé de tâtonnements et de recherches se cristallise pour ouvrir au futur d'une étape finale qui représente pour son auteur le plein épanouissement de sa pensée et de son écriture.
Commencé en 1948 et terminé, pour sa première édition, en 1951, le livre se présente comme une suite d'essais articulés autour d'un thème central : celui des rapports de l'homme au sacré et au divin dont la perte progressive, jusqu'à aujourd'hui ne nous a laissé que son absence.
Qu'est-ce que le divin ? Pour le comprendre, il faut recourir à une sorte de fable qui nous est racontée dans le premier chapitre du livre, " La naissance des dieux ". A l'origine, l'homme se trouve jeté dans un espace non pas vide mais plein parce que peuplé de forces obscures dont il se sent la proie. Les choses n'existent pas encore, ni la nature, ni le monde, mais un grouillant, un obsédant " il y a ". Cet univers de la nuit et de la terreur originaires, où tout est en quelque sorte imbriqué, où l'espace et le temps n'existent pas encore, Maria Zambrano l'appelle le sacré.
Ce livre est, indissolublement, une grande aventure d'écriture et de pensée. Puisque écrire et penser sont inséparables. "... On ne peut être grand philosophe ou philosophe sans être un grand écrivain " écrit Maria Zambrano de Max Scheler, la remarque vaut également pour elle. Les œuvres véritables n'étant pas soumises au temps puisqu'elles créent leur propre temps à partir de l'événement de leur apparition, on souhaite que L'homme et le divin puisse enfin avoir en France l'accueil qu'il mérite et que son auteur aurait souhaité plus précoce et que Camus, Char comme Cioran avaient appelé de leurs vœux.
Maria ZAMBRANO – Une Vie, une Œuvre : 1904-1991 (France Culture, 1992)
María Zambrano Alarcón 1904-1991 est une philosophe et essayiste espagnole.
Elle assiste à l’enseignement d’Ortega y Gasset. Dans les années qui précèdent son exil, elle se lie à Bergamín, Luis Cernuda, Jorge Guillén, Miguel Hernandez.
La cause étant perdue, elle quitte l’Espagne en janvier 1938. Elle voyage et travaille au Mexique, à Cuba, elle enseigne à Puerto Rico. En France, elle devient l’amie de Camus et de Char, au Mexique d’Octavio Paz. Détail curieux, elle est expulsée d’Italie en raison de la dénonciation d’un voisin fasciste parce qu’elle a trop de chats dans son appartement. Parfois, les détails sont ces circonstances fortuites qui provoquent un tournant dans l’existence : les chats l’accompagnent en Suisse. Elle écrit "La Clairière" et commence "De l’aurore". Le virage vers la mystique, amorcé précédemment y atteint son acmé.
Chez Maria Zambrano, le penser davantage que la pensée, compte ; c’est une manière d’intégrer les éléments de la réalité, réalité qui avant tout se présente comme constitutive de l’être humain. Une manière qui doit son particularisme au caractère hybride de l’expression où fusionnent l’aspect purement philosophique et la musicalité et le rythme propre à l’imagination poétique : active et créative.
Elle obtient le prix Princesse des Asturies en 1981 et le prix Cervantes en 1988.


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