Cécile Coulon, écrivaine
« Paul et Virginie », d’Henri Bernardin de Saint-Pierre
« J’ai un seul livre dans ma bibliothèque en trois exemplaires : Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814). Pour être exacte, le livre de poche est sous ma table de chevet, le grand format dans la bibliothèque, et l’édition de mon grand-père, retrouvée à la cave, dans une caisse de mon bureau.
Paul et Virginie sont deux enfants, élevés par des mères seules, sur une île éloignée du monde, mangée par la végétation. Ils découvrent ensemble l’amour, sous toutes ses formes, de la plus innocente à la plus cruelle, grandissent dans une nature qui les protège mais les éloigne, découvrent peu à peu la cruauté, la violence, et la profonde douleur causée par l’absence de celle ou de celui qu’on aime.
Ce roman, écrit en 1789, traverse les âges, les lieux et les moments de crise ou de grande joie, comme une flèche. Ces deux êtres, bâtis par deux beautés, celle de la vertu et celle de la nature, seront aussi détruits par ces mêmes beautés.
Je relis ce livre souvent, pour la voltige des phrases, l’absolue rigueur du langage et la force première des lieux sur les hommes. Et aujourd’hui une phrase résonne particulièrement : “Depuis que je ne vous vois plus, je suis comme un ami qui n’a plus d’amis, comme un père qui a perdu ses enfants, comme un voyageur qui erre sur la terre, où je suis resté seul.” »
Deux cabanes au bord de l'eau, sur le rivage de l'île de France, aujourd'hui l'île Maurice...
C'est là qu'ont grandi Paul et Virginie. Leurs mères, rejetées par la société, ont jadis trouvé refuge en ce paradis. Depuis ce jour, ils vivent ici le plus simplement du monde, en parfaite harmonie avec la nature qui les entoure.
Ils se nourissent de mangues, de papayes, de goyaves, s'offrent des bouquets exotiques et se reposent à l'ombre du lilas de Perse... Ils n'ont qu'à tendre les mains pour cueillir le bonheur. Pourquoi conquérir ailleurs ce qui leur est ici offert ?
Mais l'horizon s'assombrit... Leur amour est menacé. L'hypocrisie, la jalousie, la cupidité du monde civilisé les rattrapent. Tels de nouveaux Adam et Eve, les voilà chassés de ce merveilleux Eden. Arrachés l'un à l'autre... Séparés à jamais par les flots d'un océan déchaîné...


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