mercredi 27 avril 2011

Livre - Évangiles apocryphes - France Quéré - Madeleine Scopello

 


Des paroles de Jésus oubliées par les évangiles canoniques, une histoire de la Vierge Marie à laquelle l'Eglise, sans toujours citer ses sources, donnera une grande importance théologique, l'agonie de saint Joseph, l'enfance agitée de Jésus, les récits détaillés de son procès, de sa passion et de son séjour chez les morts, tels sont les évangiles apocryphes. Quel intérêt présentent-ils ? Réminiscences de faits authentiques ? Rêveries populaires ? Documents historiques sur la piété des trois premiers siècles ? Témoignage sur l'émergence et les spéculations des sectes primitives ? Les apocryphes répondent oui à toutes ces questions. Ils sont, en cela, déjà, les témoins du débat entre la soumission de la foi et le discours de l'imaginaire. Presque tous les plus anciens évangiles apocryphes ont été ici réunis et présentés par France Quéré, qui livre en outre une traduction nouvelle et intégrale des textes grecs.



Passionnée par les écrits des Pères de l’Église, dont elle publia maintes traductions, la théologienne protestante France Quéré s’était également penchée sur un autre héritage de l’Antiquité chrétienne : les écrits apocryphes. Son recueil d’évangiles apocryphes, publié au Seuil en 1983, reste aujourd’hui sans conteste le meilleur moyen pour découvrir une littérature qui suscite toujours des réactions très contrastées et souvent préconçues, allant de l’attrait pour une supposée vérité cachée longtemps interdite au rejet d’élucubrations qualif ées d’hérétiques. Adeptes de ces positions tranchées ou simples curieux ne manquent généralement pas de trouver grand intérêt à l’excellente introduction, d’une très grande finesse d’analyse, qui resitue l’émergence de ces textes intrigants dans le contexte du christianisme antique. France Quéré nous y montre tout leur apport à la connaissance de la religiosité des premiers siècles, ainsi qu’à la tradition iconographique et à la piété mariale. Les évangiles apocryphes oscillent bien souvent entre la conformité de la foi et une liberté un peu débridée donnée à la poésie et à l’imaginaire. Une lecture susceptible sans nul doute de toucher aussi la sensibilité de nos contemporains. Les évangiles sélectionnés dans ce recueil, tels l’Évangile de Thomas ou le Protévangile de Jacques, sont parmi les plus anciens, et sont proposés dans leur intégralité.

 

Les évangiles apocryphes

 

Qu'est-ce qu'un évangile apocryphe ? Que disent ces textes ? En quoi diffèrent-ils des quatre évangiles canoniques ? Quels en sont les auteurs ? Dans quelle culture, à quelle époque, dans quel contexte ont-ils écrit ? Les évangiles apocryphes ou gnostiques, aussi riches que méconnus, ont pullulé durant les premiers siècles de l'ère chrétienne. La spécialiste la plus reconnue nous présente de nombreux extraits de ces écrits et en propose une analyse détaillée et documentée. On découvre ainsi des moments de la vie de Jésus que les quatre évangiles canoniques avaient ignorés ou à peine effleurés, dans des récits romanesques préférant l'image et le merveilleux à la spéculation abstraite. Ces textes se révèlent d'une étonnante modernité, et jettent une lumière nouvelle sur les grandes problématiques du christianisme : Dieu, le monde et l'homme.

Livre - L'Evangile de Marie

 


Si les évangiles canoniques (à savoir reconnus par le Canon théologique des églises chrétiennes) sont au nombre de quatre, il existe par ailleurs d'autres évangiles, des évangiles "sauvages", d'une richesse spirituelle et d'une beauté littéraire tout aussi grande.
Citons ceux de Philippe, de Pierre, de Thomas et de Barthélemy. C'est un "évangile" attribué à Marie Madeleine, Myriam de Magdala, cette pécheresse repentie qui fut la première à être témoin de la résurrection du Christ, que nous présente aujourd'hui Jean-Yves Leloup, théologien orthodoxe, spécialiste de spiritualité et philosophe.
Daté de 150 après Jésus-Christ, présenté dans son texte grec, accompagné d'une traduction en regard et d'un commentaire approfondi, ce texte apparaît à bien des égards comme porteur d'une "scandaleuse" nouveauté.
En effet, le Christ s'y montre capable d'intimité charnelle et spirituelle avec une femme, intimité qui permet de relativiser la réprobation chrétienne à l'égard de la sexualité.
Si l'humanité de Jésus est évoquée sur le mode tragique par les autres apôtres, elle apparaît là enrichie d'une nouvelle dimension : celle du désir, de l'union avec l'autre féminin.
Ce texte permet donc de réintroduire, dans la vision chrétienne du monde, des dimensions qui en avaient été exclues (la chair, le désir) ou limitées (la femme cantonnée à sa fonction maternelle).
Cette autre "Annonce faite à Marie" porte, à une époque où la place de la femme et le célibat des prêtres sont plus que jamais discutés au sein de l'Église, un message d'ouverture et de renouvellement.

 

L'Évangile de Marie ou Évangile selon Marie est un texte gnostique, probablement du IIe siècle. La principale source manuscrite est le codex de Berlin, qui en donne une version, lacunaire, en sahidique, un dialecte du copte. Deux fragments en grec du IIIe siècle ont également été retrouvés.
Le titre en est écrit sur le colophon et Marie, disciple de Jésus est généralement identifiée, sans certitude, comme étant Marie de Magdala.
Ce texte est considéré comme un évangile apocryphe.
Les seuls évangiles reconnus par les principales Églises chrétiennes étant les quatre évangiles dits canoniques, constitués par les trois évangiles synoptiques auxquels s'ajoute l'Évangile selon Jean. 

L'évangile de Marie a été révélé lors de la découverte en 1896 en Égypte, d'un manuscrit écrit dans un dialecte Copte. Ce document, connu sous le nom de codex de Berlin, est daté du début du Ve siècle et contient quatre textes différents. Le premier est l'évangile de Marie, rédigé sur les dix-huit premières pages et les quatre premières lignes de la page dix-neuf. Il est toutefois excessivement fragmentaire car il ne subsiste que les pages 8,9, 10 et 19.
Deux fragments écrits en grec, issus du papyrus Rylands 463 (en) (découvert en 1935) et du papyrus d'Oxyrhynque 3225 (identifié en 1985), datés du début IIIe siècle, recoupent le contenu du codex de berlin, mais ne permettent pas de combler ses lacunes. Ils permettent toutefois d'établir que l'évangile original avait été écrit en grec au cours du IIe siècle. 

Le texte a pour thème principal la mortalité, l'ascension du Christ et l'ascension de l'âme selon le gnosticisme. Marie de Magdala y est présentée à la tête des apôtres dans ce récit.
Dans cet évangile, le Sauveur transmet d'abord ouvertement son enseignement à ses disciples, puis secrètement à Marie-Madeleine au cours d'une vision intérieure. Ceci provoque une réaction violente de Pierre, qui refuse de croire que le Sauveur ait pu transmettre un enseignement à une femme à l'insu de ses disciples. Cet évangile témoigne donc d'un conflit vécu à l'intérieur même d'un milieu chrétien au début de notre ère. Anne Pasquier, professeur de théologie à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université Laval, a très bien fait ressortir que les deux figures représentent deux traditions ecclésiastiques différentes : la première, incarnée par Pierre, est la tradition orthodoxe ou celle qui tend à le devenir. Cette tradition dénigre l'autorité des révélations reçues lors de visions et interdira aux femmes toute participation active à l'intérieur de l'Église. L'autre, dont Marie est la figure symbolique, est légitimée par des révélations secrètes ou des visions et par une possible égalité entre les hommes et les femmes.
Sophia, la personnalité gnostique, joue également un rôle dans cet évangile. Il s'agit surtout de dialogues entre Marie et les apôtres. Les discussions spirituelles sont influencées par la gnose.

Livre - Histoire ecclésiastique - Eusèbe de Césarée

 


L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée (v. 260 – 339/340) compte parmi les pièces maîtresses du patrimoine littéraire mondial. Première véritable « histoire » composée par un chrétien, elle constitue une source inestimable sur les trois premiers siècles du christianisme, jusqu'à la « Grande Persécution », dont Eusèbe fut un témoin direct, et l'arrivée au pouvoir de Constantin. Pourtant, cette œuvre riche et complexe n'a jamais fait l'objet d’un commentaire complet. Des historiens et des philologues se sont associés pour combler cette lacune. Le commentaire proprement dit comportera quatre tomes donnant le texte grec de l'Histoire ecclésiastique, une traduction complètement nouvelle, et des éclaircissements historiques, philologiques et littéraires. Ce premier volume sert d'introduction à l'œuvre et à son commentaire. Réalisé à l'aide de la collaboration de chercheurs français et italiens et d'un chercheur suisse, il donnera au spécialiste, à l'étudiant, ou au public le plus large, des états récents et critiques des questions qui se posent sur la biographie d'Eusèbe, sur la chronologie de ses œuvres et son profil intellectuel ; sur les rapports entre l'Histoire ecclésiastique et ce qu'on appelle la « Chronique » ; sur le genre littéraire de l'œuvre ; sur les différents remaniements opérés par Eusèbe lui-même ; sur la traduction manuscrite du texte grec ; sur les versions anciennes de l'œuvre, latine, copte, syriaque et arménienne. Le volume fournit également un index revu des allusions et des citations dans l'Histoire ecclésiastique, et finalement une bibliographie raisonnée permettant d'accéder rapidement à l'état actuel du savoir.

Eusèbe de Césarée 265-339 est l'auteur de nombreuses œuvres historiques, apologétiques, bibliques et exégétiques: Œuvres principales, Histoire ecclésiastique, Préparation évangélique, Apologie pour Origène

Livre - Écrits spirituels du Moyen Âge - Cédric Giraud

 


Anselme de Cantorbéry : "Je tendais vers Dieu et je suis tombé sur moi-même ! ". En propageant par l'écrit différents exercices - lecture, méditation, prière, contemplation -, des clercs ont inventé la spiritualité comme un art de l'intériorité, une manière de reconnaître la présence d'une transcendance dans l'intimité humaine. A la fin du XIe siècle, la spiritualité est à l'origine d'un genre littéraire, la "méditation". Au XIIe, siècle de l'éveil de la conscience et de l'intériorisation, elle devient une technique spirituelle. Du XIIIe au XVe, c'est une tradition proposée au plus grand nombre ; les textes spirituels atteignent des laïcs, hommes et femmes. Inséparable de l'essor d'une civilisation du livre, le développement de la spiritualité fait du texte le moyen privilégié pour comprendre le monde extérieur et se déchiffrer soi-même. Depuis les méditations fondatrices d'Anselme (XIe siècle) jusqu'à la simplicité de l'Imitation du Christ (XVe siècle) en passant par l'incendie d'amour de Bonaventure (XIIIe siècle), sont ici réunis les écrits les plus diffusés au Moyen Age. Même s'ils ne relèvent pas de la mystique entendue comme une science de l'âme constituée en discours autonome (qui sera la mystique de l'âge moderne), ils peuvent être à bon droit qualifiés de mystiques. Quant à leurs auteurs, ils ont en partage la prose d'art latine et une sensibilité littéraire. Pour eux, écrire est en soi un exercice spirituel. Aussi leur prose se lit-elle souvent comme de la poésie. Qu'en faire aujourd'hui ? Entre une lecture dans la foi et celle du "développement personnel" (qui est une spiritualité sans Dieu), libre à chacun de mesurer la distance qui nous sépare de ces oeuvres, de reconnaître la proximité qu'elles entretiennent avec notre culture, et de se poser les questions qu'elles soulèvent et qui sont toujours les nôtres.

Les classiques de la spiritualité (XIe-XIIe siècle) : Anselme de Cantorbéry, Prières et méditations - Pseudo-Bernard de Clairvaux, Les Méditations - Pseudo-Augustin, Les Soliloques. L’école du cloître (XIIe siècle) : Hugues de Saint-Victor, Les Arrhes de l’âme - Guillaume de Saint-Thierry, Lettres aux frères du Mont-Dieu - Bernard de Clairvaux, Deux Sermons sur le Cantique des cantiques - Richard de Saint-Victor, Les Quatre degrés de la violente charité - Guigues II le Chartreux, Lettre sur la vie contemplative (L’Échelle des moines). Une spiritualité pour tous (XIIIe-XVe siècle) : Bonaventure, La Triple voie ; L’Arbre de vie - Thomas d’Aquin [La Passion du Christ], Somme de théologie, IIIe partie, questions 46-49 - Henri Suso, L’Horloge de la sagesse - Jean Gerson, La Théologie mystique d’un point de vue pratique. L’âge de la «Devotio moderna» (XVe siècle) : Thomas a Kempis, Imitation du Christ - Denys le Chartreux, Comment s’enflammer pour l’amour divin - Jean Mombaer, Échelle abrégée de la Passion de Jésus-Christ, La Roseraie des exercices spirituels et des saintes méditations, 4e distinction, titre 16, 

 

La spiritualité médiévale pour aujourd'hui

La Foi prise au mot invite chacun à découvrir les richesses de la spiritualité du Moyen Âge et à apprécier certains moments de cette époque lumineuse, complexe et fort méconnue. Une époque dont la modernité frappe puisqu'elle invente tout à la fois l'idée des exercices spirituels, des méditations personnelles et aussi de la spiritualité des laïcs. Celle-ci n'est-elle pas réservée aux religieux ? Y-a-t-il une technique pour prier, méditer, contempler ? Quelle est la différence entre la spiritualité médiévale occidentale et la spiritualité orientale en vogue aujourd'hui ? Grâce au père Patrick Sicard et à l'historien Cédric Giraud, Régis Burnet propose ce soir de réfléchir sur la spiritualité à l'aide des écrivains mystiques qui l'ont inventée.

 

L’œuvre de l’esprit

La collection de la Pléiade s’est attachée depuis longtemps à donner à lire, non seulement les textes fondateurs des grandes traditions religieuses (pensons pour le christianisme au volume récent rassemblant les Premiers écrits chrétiens), mais aussi certains de leurs grands auteurs ; toujours pour le christianisme, évoquons à titre d’exemples remarquables les éditions de saint Augustin et de Luther. Aujourd’hui, le dernier né de la prestigieuse bibliothèque, dirigé par Cédric Giraud, relève un véritable défi éditorial : comment réunir dans un ouvrage de taille raisonnable la littérature spirituelle médiévale produite entre le XIe et le XVe siècle ?


Écrits spirituels du Moyen Âge. Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 264 p., 58 € (prix de lancement)


Et comment éviter, dans ce genre d’entreprise, que des esprits grincheux reprochent à notre spécialiste l’absence notamment d’écrits féminins (Hildegarde de Bingen, Hadewijch d’Anvers, Marguerite Porete, Catherine de Sienne, pour ne citer que les plus connues, cela dit sans gynégogie aucune) et d’autres grands noms de la spiritualité chrétienne ? L’éditeur scientifique des Écrits spirituels du Moyen Âge a eu une idée lumineuse qui lui permet de prévenir toute critique contestant ses choix. Le médiéviste Cédric Giraud, spécialiste de l’histoire des textes, a adopté une pratique bien connue au Moyen Âge dans divers milieux, aussi bien monastiques qu’universitaires, celle des catalogues de textes fondamentaux destinés à la formation spirituelle et intellectuelle. Figure dans ces listes, comprenant toujours les mêmes registres, de la Bible aux Pères en passant par l’hagiographie, le domaine des libri devoti, les livres de dévotion. L’opération a consisté à croiser ce qui semblait définir une culture commune avec le nombre des éditions manuscrites successives durant cinq siècles. Ce procédé, « entre histoire doctrinale et sociologie de la lecture », a fait apparaître les quinze auteurs retenus comme les plus significatifs. L’éditeur « ressuscite » pour l’homme d’aujourd’hui « les anthologies spirituelles des derniers siècles du Moyen Âge » composées des textes les plus lus, ayant exercé l’influence la plus profonde, de la tradition spirituelle médiévale.

Écrits spirituels du Moyen Âge. Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud

Thomas d’Aquin (XVIe siècle) © Muséum national d’histoire naturelle, Paris

Pourtant, bien qu’incontestable, la méthode pour désigner les heureux élus et les textes retenus engendre certains paradoxes. Les relever ne revient pas à remettre en cause la sélection de l’éditeur, mais, au contraire, à souligner l’extrême difficulté de l’entreprise. Prenons deux exemples sur lesquels s’attarde l’éditeur lui-même : celui de saint Bernard de Clairvaux et celui de saint Thomas d’Aquin. Du premier nous sont proposés deux sermons sur le Cantique des cantiques. Bien entendu, il était hors de question de publier les 86 sermons qui composent le commentaire bernardin, mais ne parvient-on pas à un résultat étonnant, quand on sait l’importance de saint Bernard dans l’histoire du christianisme (l’auteur le plus cité par Luther), en voyant cet auteur central occuper un nombre très restreint de pages ? Fallait-il choisir ou compléter par d’autres extraits – Traité de l’amour de Dieu, De consideratione ? De même pour Thomas d’Aquin qui n’a pas laissé, et pour cause, de « théologie spirituelle » proprement dite, bien qu’il ait beaucoup écrit sur la vie spirituelle. Certes, les questions de la Somme de théologie concernant la vie du Christ sont importantes, puisque toute la vie théologale de l’homme est orientée vers la configuration au Christ, mais on aurait pu aussi bien choisir les questions sur les dons du Saint-Esprit ou bien des textes issus de la querelle entre les Mendiants et le clergé séculier, portant sur la « vie mixte » et définissant une certaine « spiritualité » des ordres mendiants.

Aussi légitimes que soient les choix textuels de Cédric Giraud, on peut se demander s’il ne va pas manquer au lecteur une sorte de seuil, de porche, propre à l’accueillir pour qu’il ait en main les moyens de comprendre d’où provient l’économie de ces écrits en régime chrétien. Peut-on suggérer que, dans un avenir pas trop lointain, on puisse disposer d’un nouveau volume assurant la transition entre les Premiers écrits chrétiens et l’ouvrage qui nous occupe ? Il présenterait des extraits de Cassien ou de Grégoire le Grand et d’autres Pères latins, mais aussi bien des Pères du désert et des Pères grecs, et en particulier du Pseudo-Denys. Ainsi le lecteur aurait devant les yeux le déploiement complet d’une tradition religieuse qui ne cesse de se réinventer, tant, comme le souligne Cédric Giraud, les médiévaux font surgir, de rapprochements inattendus de versets bibliques, des exégèses étonnantes, mais également recyclent, en actualisant des significations nouvelles, la pensée des Pères sans presque les nommer. Pour l’instant, nous devons nous contenter des très heureuses notices (notamment celle concernant saint Anselme) sur les auteurs et leurs ouvrages, petites synthèses très éclairantes sur les sources, le sens et la fortune des textes composant cette anthologie.

Mais, surtout, le lecteur situerait mieux ainsi tous ces textes et la singularité de la spiritualité chrétienne. Dans le christianisme, la spiritualité n’est pas d’abord ascèse ou exercice, itinéraire vers un absolu, ni processus de transformation de l’individu, mais, plus radicalement, participation de l’homme à un nouveau principe d’existence qui, sans que la réalité extérieure semble en être changée, bouleverse en réalité toute chose. Le spirituel ne s’oppose pas au corps (soma) mais au « psychique » (psykhikós), le pneuma à la psyché. On l’a dit et répété, ces textes ont contribué à la construction du sujet en Occident, mais on oublie, à l’heure où le « marché » de la « spiritualité » regorge d’abondances de toutes sortes, que l’objectif central et unique de ces traités, lettres, etc. est d’achever l’œuvre de l’Esprit, ce nouvel « opérateur » d’existence, selon le vocabulaire contemporain, souverainement indépendant du sujet, dans le « cœur » du croyant.

Il y a bien les méthodes, les exercices (la méditation, la prière, l’oraison, etc.), les techniques, dirait Marcel Mauss, dont certaines remontent à l’Antiquité, il y a bien les degrés sur le chemin de la perfection, la purgation, l’illumination et enfin l’union (qui ne sont pas sans rapport avec le platonisme), il y a bien les formes et les milieux de vie – ces textes sont issus essentiellement des milieux réguliers, soit monastiques, soit canoniaux et mendiants –, mais il y a surtout « tout l’amour du monde », pour paraphraser le poète, la pointe portant sur l’objet de cette concentration d’amour (l’agapé) : Dieu, en sa particularité chrétienne, trinité. Il suffit de lire cette anthologie pour se rendre compte des trésors d’ingéniosité langagière – toute cette « poétique du Saint-Esprit », selon l’expression d’Alain Michel – dont ces textes regorgent pour à la fois dire cette agapé et discerner les mouvements de l’âme tantôt fuyante, tantôt désirante.

Écrits spirituels du Moyen Âge. Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud

Bernard de Clairvaux (XVIIe siècle) © Gallica/BnF

Ces textes, qui répondent souvent à des commandes, demandent eux-mêmes à être lus de manière lente, dans une sorte de dilatation du temps. Avec eux, il s’agit « de bouche et d’estomac » (Michel de Certeau, Fable mystique 2), de digestion lente, d’une lecture qui doit comme effacer la page, s’interrompre, se perdre et devenir vie. On pourrait écrire à propos de leur lecture aujourd’hui ce que Proust suggérait aux abonnés du Mercure de France au sujet de la cathédrale vue à travers Ruskin, dans Pastiches et Mélanges : si nous donnons « à ces textes un sens moins littéralement religieux qu’au Moyen Âge ou même seulement un sens esthétique, nous avons pu néanmoins le rattacher à quelqu’un de ces sentiments qui nous apparaissent par-delà notre vie comme la véritable réalité, à une de ces étoiles à qui il convient d’attacher notre char ».

 

Livre - Édition et diffusion de l'Imitation de Jésus-Christ 1470-1800 Études et catalogue collectif des fonds conservés

 


L'Imitation de Jésus Christ est assurément le livre le plus diffusé et le plus lu en Europe après la Bible, de la fin du Moyen Âge jusqu'au début de l'époque contemporaine. L'œuvre est née de la réunion, peu avant 1430, de quatre traités dont on attribue aujourd'hui la composition à Thomas a Kempis, l'un des principaux auteurs du mouvement de la devotio moderna. Elle connaît à partir de 1470, grâce à l'imprimé, une diffusion éditoriale massive et continue. Traduite dans la plupart des langues européennes, puis en langues orientales, elle rencontre plusieurs courants spirituels (la Réforme, l'humanisme chrétien, la Contre-Réforme, le jansénisme), et suscite l'intérêt d'éditeurs, d'illustrateurs ou de traducteurs dont les motivations sont autant dévotionnelles que philologiques, poétiques ou pédagogiques.
Conçu comme une bibliographie de référence, ce catalogue collectif propose une description exhaustive des éditions antérieures à 1800 conservées à Paris dans les collections de la Bibliothèque nationale de France et des bibliothèques Sainte-Geneviève, Mazarine et de la Sorbonne. Le corpus recensé représente près d'un millier d'éditions et mille cinq cents exemplaires. Il est éclairé par un ensemble d'études faisant le point sur différents aspects de la diffusion et de la réception de cette œuvre jadis célèbre : influence, géographie éditoriale, controverses d'attribution, illustration, pratiques de lecture, histoire des fonds.

Livre - L'Imitation de Jésus-Christ - Thomas A. Kempis

 


L'Imitation de Jésus-Christ tient une grande place dans la littérature chrétienne. Ecrit par un moine, Thomas a Kempis, durant la première moitié du XV° siècle, ce petit livre a été lu et médité par des générations de laïcs désireux d'approfondir leur vie intérieure. L'Imitation est certes un témoignage parmi d'autres du renouveau spirituel de son époque, désigné sous le nom de Devotio moderna, qui oppose la voie de l'intériorisation à un monde extérieur déchiré et violent. Mais les grandes œuvres débordent le temps et le lieu qui ont offert le cadre, le sujet, l'occasion, l'auditeur. C'est l'existence chrétienne de toutes les époques qui est décrite dans ce livre. La grâce et la tentation sont ressaisies à leur " racine " : l'existence de l'amour et du mal. De l'un et de l'autre, l'auteur décrit avec minutie les formes en appelant le lecteur à la conversion intérieure. L'Imitation ne tend qu'à cette purification du cœur sans laquelle ne peut être ni compris ni vécu l'Evangile.


Thomas a Kempis - L'Imitation de Jésus-Christ



Thomas a Kempis 1380-1471, nom latinisé utilisé en français Thomas von Kempen ou Thomas Hemerken est un moine chrétien du Moyen Âge.
On lui attribue l'un des livres de dévotion chrétienne les plus connus, L'Imitation de Jésus-Christ, une œuvre de piété chrétienne, écrite en latin à la fin du XIVe siècle ou au début du XVe siècle.
En 1395 il fut envoyé à Deventer, à l'école des Frères de la vie commune. Il devint un copiste talentueux, capable de subvenir à ses besoins.
Plus tard, il fut admis au couvent des Augustiniens du Mont Sainte-Agnès près de Zwolle, où son frère Jean l'avait précédé et avait été élevé à la dignité de prieur. Thomas fut ordonné prêtre en 1413 et fut nommé sous-prieur en 1429.
Il mena une vie paisible, partageant son temps entre des exercices de dévotion, l'écriture, et la copie. Ses enseignements étaient très lus, et ses travaux abondent en citations bibliques, particulièrement celles du Nouveau Testament.
Le 11 novembre 1897, un monument fut érigé à sa mémoire en l'église Saint-Michel de Zwolle. Thomas a Kempis a été béatifié par l'Église catholique. Il est fêté le 25 août.

mardi 26 avril 2011

Livre - Jeanne d'Arc - Extraits - Le livre complet en PDF - Jules Michelet

 

Jeanne d’Arc racontée par Jules Michelet

Jeanne d’Arc : récit de la vie et la mort de celle qu’on appela la Pucelle d’Orléans

Jules Michelet

Paris, Les Perséides, 2004. 144 pages.

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« Jeanne d’Arc, fille du peuple »

L’ouvrage paraît en 1853 mais, de façon non autonome, on le trouve dès 1841, dans le tome V de L’Histoire de France de Jules Michelet.

Le récit comporte six parties :
I Enfance et vocation de Jeanne.
II Jeanne délivre Orléans et fait sacrer le roi à Reims.
III Jeanne est trahie et livrée.
IV le procès. Jeanne refuse de se soumettre à l’église.
V La tentation.
VI La mort.

Pour  Michelet, Jeanne d’Arc est la fille du peuple! Elle reprend le roi au nom du peuple quand elle estime qu’il n’est pas à la hauteur de son rang et de sa fonction. Bref une Jeanne qui annoncerait la Révolution française.

Aucun autre écrivain et historien n’a joué un rôle aussi déterminant dans la popularisation et le développement de l’image de Jeanne d’Arc au XIXe siècle que Michelet. Il est au cœur de la réforme historiographique et fait la synthèse de tout ce que la nouvelle école des chercheurs français avait postulé et apporté. L’apport de Michelet est d’être arrivé à créer une image de Jeanne qui résiste à la bipolarisation des « Deux France ». Pour lui, dès 1834, Jeanne d’Arc est le premier personnage à avoir donné une expression cohérente au sentiment national naissant des Français. Quicherat, quant à lui, édite les actes du procès de Jeanne d’Arc ainsi que d’autres sources. Une nouvelle image de Jeanne est donc perceptible. Pour Quicherat, Michelet popularise la « véritable » image de Jeanne.

En 1429, le peuple de France, meurtri par la guerre de Cent Ans, perçoit l’écho d’une étrange rumeur : Jeanne d’Arc, une jeune paysanne lorraine de dix-sept ans, prétend avoir reçu de la part des saints Michel, Marguerite d’Antioche et Catherine la mission de délivrer la France de l’occupation anglaise et de porter le dauphin de France, Charles, sur le trône. Rendue auprès de la cour, réfugiée à Chinon, en février 1429, la « pucelle » s’attire la confiance du dauphin, qui accepte lui confier des troupes. Irradiant ses compagnons d’armes de sa bravoure et de son extraordinaire détermination, elle conduit victorieusement les troupes françaises contre les Anglais qui assiègent Orléans. Cette victoire ouvre la route de Reims au dauphin; le 17 juillet 1429, il y est sacré roi de France. 
Suite à cet événement, le cours de la guerre de Cent Ans s’infléchit ; bientôt la reconquête du domaine royal français y mettra un terme. Mais Jeanne, égérie du renouveau français va chèrement payer son audace. Capturée par les Bourguignons à Compiègne en 1430, elle est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg-Ligny, puis condamnée à être brûlée vive en 1431 après un procès en hérésie. Son martyre fait d’elle une sainte patronne de la nation française ; un mythe qui depuis a dépassé les frontières. L’œuvre magistrale de Jules Michelet (1798-1874), parue pour la première fois en 1841, fait de Jeanne d’Arc l’incarnation du sentiment national français: « Souvenons-nous, Français, que la patrie chez nous est née du coeur d’une femme, de sa tendresse et des larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. » 

Extrait : « Livrée en trahison, outragée des barbares, tentée des pharisiens qui essayent en vain de la prendre par ses paroles, elle résiste à tout en ce dernier combat, elle monte au-dessus d’elle-même, éclate en paroles sublimes qui feront pleurer éternellement… Abandonnée et de son roi et du peuple qu’elle a sauvés, par le cruel chemin des flammes elle revient dans le sein de Dieu. Elle n’en fonde pas moins sur l’échafaud le droit de la conscience, l’autorité de la voix intérieure. Nul idéal qu’avait pu se faire l’homme n’a approché de cette très certaine réalité. Ce n’est pas ici un docteur, un sage éprouvé par la vie, un martyr fort de ses doctrines, qui pour elle accepte la mort. C’est une fille, un enfant qui n’a de force que son cœur. Le sacrifice n’est pas accepté et subi ; la mort n’est point passive. C’est un dévouement voulu, prémédité, couvé pendant de longues années...

 

Quelques extraits :

 « Ce qui fait de Jeanne une figure éminemment originale, ce qui la sépare de la foule des enthousiastes qui dans les âges d’ignorance entraînèrent les masses populaires, c’est que ceux-ci pour la plupart durent leur puissance à une force contagieuse de vertige. Elle, au contraire, eut action par la vive lumière qu’elle jeta sur une situation obscure, par une force singulière de bon sens et de bon cœur. »

« C’était un rude voyage et bien périlleux qu’elle entreprenait. Tout le pays était couru par les hommes d’armes des deux partis. Il n’y avait plus ni route, ni pont ; les rivières étaient grosses ; c’était au mois de février 1429. S’en aller ainsi avec cinq ou six hommes d’armes, il y avait de quoi faire trembler une fille. »

La sorcière avait dix-huit ans; c’était une belle fille et fort désirable, assez grande de taille, la voix douce et pénétrante. –
Elle se présenta humblement,  » comme une pauvre petite bergerette « , démêla au premier regard le roi, qui s’était mêlé exprès à la foule des seigneurs, et quoiqu’il soutînt d’abord qu’il n’était pas le roi, elle lui embrassa les genoux. Mais, comme il n’était pas sacré, elle ne l’appelait que Dauphin :  » Gentil Dauphin, dit-elle, j’ai nom Jehanne la Pucelle. Le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims, et vous serez lieutenant du Roi des cieux, qui est roi de France.  » ,
« A Orléans, l’invincible gendarmerie, les fameux archers, Talbot en tête, avaient montré le dos ; à Jargeau, dans une place et derrière de bonnes murailles, ils s’étaient laissés prendre ; à Patay, ils avaient fui à toutes jambes, fui devant une fille… Voilà qui était dur à penser, voilà ce que ces taciturnes Anglais ruminaient sans cesse en eux-mêmes. Une fille leur avait fait peur, et il n’était pas bien sûr qu’elle ne leur fit peur encore, tout enchaînée qu’elle était… Non pas elle, apparemment, mais le diable dont elle était l’agent, ils tâchaient du moins de le croire ainsi et de le faire croire. »

Jamais les Juifs ne furent si animés contre Jésus que les Anglais contre la Pucelle. Elle les avait, il faut le dire, cruellement blessés à l’endroit le plus sensible, dans l’estime naïve et profonde qu’ils ont pour eux-mêmes. A Orléans, l’invincible gendarmerie, les fameux archers, Talbot en tête, avaient montré le dos ; à Jargeau, dans une place et derrière de bonnes murailles, ils s’étaient laissés prendre ; à Patay, ils avaient fui à toutes jambes, fui devant une fille… Voilà qui était dur à penser, voilà ce que ces taciturnes Anglais ruminaient sans cesse en eux-mêmes. Une fille leur avait fait peur, et il n’était pas bien sûr qu’elle ne leur fit peur encore, tout enchaînée qu’elle était… Non pas elle, apparemment, mais le diable dont elle était l’agent, ils tâchaient du moins de le croire ainsi et de le faire croire.

« Livrée en trahison, outragée des barbares, tentée des pharisiens qui essayent en vain de la prendre par ses paroles, elle résiste à tout en ce dernier combat, elle monte au-dessus d’elle-même, éclate en paroles sublimes qui feront pleurer éternellement… Abandonnée et de son roi et du peuple qu’elle a sauvés, par le cruel chemin des flammes elle revient dans le sein de Dieu. Elle n’en fonde pas moins sur l’échafaud le droit de la conscience, l’autorité de la voix intérieure. Nul idéal qu’avait pu se faire l’homme n’a approché de cette très certaine réalité. Ce n’est pas ici un docteur, un sage éprouvé par la vie, un martyr fort de ses doctrines, qui pour elle accepte la mort. C’est une fille, un enfant qui n’a de force que son cœur. Le sacrifice n’est pas accepté et subi ; la mort n’est point passive. C’est un dévouement voulu, prémédité, couvé pendant de longues années…

Jamais les Juifs ne furent si animés contre Jésus que les Anglais contre la Pucelle. Elle les avait, il faut le dire, cruellement blessés à l’endroit le plus sensible, dans l’estime naïve et profonde qu’ils ont pour eux-mêmes. A Orléans, l’invincible gendarmerie, les fameux archers, Talbot en tête, avaient montré le dos ; à Jargeau, dans une place et derrière de bonnes murailles, ils s’étaient laissés prendre ; à Patay, ils avaient fui à toutes jambes, fui devant une fille… Voilà qui était dur à penser, voilà ce que ces taciturnes Anglais ruminaient sans cesse en eux-mêmes. Une fille leur avait fait peur, et il n’était pas bien sûr qu’elle ne leur fit peur encore, tout enchaînée qu’elle était… Non pas elle, apparemment, mais le diable dont elle était l’agent, ils tâchaient du moins de le croire ainsi et de le faire croire.

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Vocabulaire - Syndrome de l'imposteur

 Les personnes atteintes du syndrome de l'imposteur, appelé aussi syndrome de l'autodidacte, phénomène de l'imposteur, expérienc...